Contester une décision d’assemblée générale de copropriété : le guide complet

Vous sortez d’une assemblée générale de copropriété et une décision votée vous semble injuste, irrégulière ou contraire à vos intérêts ?

En tant qu’avocat en copropriété, je suis régulièrement sollicité par des copropriétaires qui souhaitent savoir comment contester une décision d’AG. Cette démarche est encadrée par des règles précises qu’il est essentiel de connaître pour agir efficacement.

Qu’est-ce qu’une assemblée générale de copropriété ?

L’assemblée générale des copropriétaires est l’organe de décision du syndicat des copropriétaires. Elle se réunit au minimum une fois par an pour prendre l’ensemble des décisions importantes concernant l’immeuble.

Lors de cette réunion, les copropriétaires se prononcent sur différentes résolutions inscrites à l’ordre du jour : approbation des comptes, vote des travaux, élection du syndic, modification du règlement de copropriété, répartition des charges, entre autres.

Le syndic de copropriété convoque cette assemblée et établit un procès-verbal qui consigne toutes les décisions prises en assemblée générale. Ce document fait foi jusqu’à preuve contraire et joue un rôle crucial dans le calcul des délais de contestation.

Pourquoi et quand contester une décision d’AG ?

Contester une décision d’assemblée générale n’est pas un acte anodin. Cette démarche s’inscrit dans un cadre légal protecteur qui permet à tout copropriétaire de faire valoir ses droits lorsqu’une résolution votée lui porte préjudice ou ne respecte pas les règles en vigueur.

Les motifs légitimes pour contester une résolution

Plusieurs motifs peuvent justifier une contestation d’une décision :

  • Les vices de forme sont parmi les causes les plus fréquentes que je rencontre dans ma pratique. Il peut s’agir d’un défaut de convocation, d’une irrégularité dans les documents transmis, d’un non-respect du délai de convocation, ou encore d’informations manquantes dans l’ordre du jour. 
  • Les vices de fond concernent le contenu même de la décision prise. Par exemple, une résolution contraire au règlement de copropriété ou à la loi, un abus de majorité caractérisé, ou une décision qui porte atteinte à l’intérêt général de la copropriete. 
  • Le non-respect des règles de majorité est également un motif valable. Chaque type de résolution nécessite une majorité spécifique : majorité simple (article 24), majorité absolue (article 25), double majorité (article 26), ou unanimité. Une decision vote avec une majorite insuffisante peut être annulée.

Les types de décisions d’AG qui peuvent être annulées

Concrètement, vous pouvez contester une décision portant sur :

  • des travaux que vous estimez injustifiés,
  • une répartition des charges que vous jugez inéquitable,
  • l’élection d’un syndic dans des conditions irrégulières,
  • une modification du règlement de copropriété qui porte atteinte à vos droits d’usage.
Contacter le Cabinet pour contester une décision d’assemblée générale de copropriété

Les conditions pour annuler une assemblée générale dans son intégralité

Dans des cas plus rares mais non exceptionnels, c’est l’ensemble de l’assemblée qui peut être contestée. Cette situation se présente notamment lorsque la convocation elle-même est irrégulière, que l’ordre du jour n’a pas été communiqué dans les formes prévues, ou que des irrégularités graves ont entaché le déroulement de la réunion.

L’annulation de l’assemblée générale dans son intégralité produit des effets importants puisque toutes les résolutions votées tombent. Le syndic devra alors organiser une nouvelle assemblée en respectant scrupuleusement la procédure.

Qui a le droit de contester une décision d’AG ?

Cette question revient systématiquement dans ma pratique. Le droit de recours n’est pas ouvert à tous de la même manière.

Le copropriétaire opposant ou défaillant

Les articles du Code civil prévoient explicitement que peuvent agir en justice les coproprietaires opposants ou defaillants. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

  • Un opposant est un copropriétaire qui a voté contre la résolution contestée. Son opposition doit être clairement mentionnée dans le pv de l’assemblée. Ce statut lui donne une légitimité évidente pour contester une décision.
  • Un défaillant est un copropriétaire qui était absent lors de l’assemblee generale et qui n’avait donné aucun pouvoir à un mandataire pour le représenter. Son défaut de participation lui permet également de contester les décisions prises en son absence.

L’abstentionniste : quelles exceptions ?

La situation des abstentionnistes est plus délicate. En principe, un copropriétaire présent qui s’est abstenu ne peut pas contester la décision. Toutefois, la jurisprudence a prévu des exceptions importantes.

Un abstentionniste peut contester si la résolution n’était pas inscrite à l’ordre du jour, si elle a été votée avec une majorité incorrecte, ou s’il peut démontrer un abus de majorité.

Quelle est la procédure pour contester une décision d’AG ?

La contestation d’une décision d’assemblée suit une procédure stricte que je détaille systématiquement à mes clients.

Le calcul du délai de contestation : deux mois pour agir

Le délai pour contester une décision d’AG est de deux mois. C’est un délai de forclusion, ce qui signifie qu’il est impératif et ne peut être prolongé. Passé ce délai, vous perdez définitivement votre droit de contestation, même si les irrégularités sont flagrantes.

Attention, ce délai de deux mois ne court pas à compter de la date de l’assemblée générale, mais à partir de la notification du procès-verbal. C’est une distinction cruciale que beaucoup de copropriétaires ignorent.

La notification du procès-verbal : un rôle crucial

La notification du procès-verbal de l’assemblée générale marque le point de départ du délai. Le syndic a l’obligation de notifier ce document à tous les copropriétaires, qu’ils aient été présents, absents, opposants ou défaillants.

Cette notification doit respecter certaines formes. Elle peut être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception, par remise en main propre contre récépissé, ou par voie dématérialisée si le règlement de copropriété le prévoit. En l’absence de notification régulière du pv, le délai de contestation ne court pas, ce qui peut jouer en votre faveur.

L’assignation devant le tribunal judiciaire

Pour contester une décision, vous devez saisir le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Cette saisine prend la forme d’une assignation en justice que je rédige en exposant précisément les motifs de la contestation.

L’assignation doit viser le syndicat des copropriétaires, représenté par son syndic. Il est également possible de mettre en cause d’autres copropriétaires si leur intérêt est directement concerné.

La représentation par un avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire.

Les pièces nécessaires pour renforcer votre dossier

Pour appuyer votre demande, je constitue un dossier comprenant :

  • Le procès-verbal de l’assemblée générale contestée
  • La convocation et l’ordre du jour
  • Le règlement de copropriété et l’état descriptif de division
  • Les documents transmis avant l’AG
  • Tout élément démontrant l’irrégularité ou le préjudice subi
  • La preuve de votre qualité d’opposant ou de défaillant

La qualité de votre dossier et la pertinence des arguments juridiques présentés conditionnent largement vos chances de succès.

Les effets d’une contestation réussie ou rejetée

Il est essentiel de bien comprendre les conséquences d’une action en contestation avant de s’engager dans cette procédure.

Conséquences de l’annulation d’une décision

Lorsque le tribunal fait droit à votre demande, la décision d’assemblée est annulée. Cette annulation est rétroactive : la résolution est réputée n’avoir jamais existé.

Si des actes ont été accomplis en application de la résolution annulée, ils peuvent être remis en cause. Par exemple, si des travaux ont été votés puis annulés, le syndic ne pourra pas les poursuivre. Si des sommes ont été appelées sur le fondement de la décision contestée, elles devront être restituées.

L’annulation peut également donner lieu au versement de dommages et intérêts si vous démontrez avoir subi un préjudice distinct de la simple annulation.

Toutefois, le tribunal peut aussi décider que certains effets de la décision seront maintenus si leur annulation porte atteinte à l’intérêt général de la copropriété ou aux droits des tiers de bonne foi.

Les risques d’une contestation abusive

À l’inverse, si votre recours est rejeté, vous devrez supporter les frais de justice et pourriez être condamné à des dommages et intérêts envers le syndicat si votre action est jugée abusive.

On parle d’abus lorsque la contestation est manifestement infondée et vise uniquement à nuire ou à retarder l’exécution des décisions prises. Dans ma pratique, j’évalue toujours avec mes clients le sérieux des motifs avant d’engager une procédure.

Le caractère suspensif ou non de l’action en contestation

Une question qui revient fréquemment : la contestation suspend elle l’application de la décision ?

La réponse est non. En principe, le simple fait de contester une décision ne suspend pas son exécution. La résolution peut donc être mise en œuvre pendant que la procédure est en cours.

Toutefois, vous pouvez demander au juge des référés de prononcer la suspension provisoire de la décision si son exécution risque d’entraîner des conséquences graves et irréversibles. Cette demande en référé se fait parallèlement à l’action au fond.

J’ai obtenu plusieurs fois des suspensions provisoires pour mes clients, notamment lorsque des travaux importants risquaient d’être entrepris alors que les irrégularités de l’AG étaient manifestes.

Contester une décision d’AG : questions fréquentes

Quel est le délai pour contester les charges de copropriété ?

La contestation de la répartition des charges suit le même délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal. En revanche, si vous contestez les appels de fonds ou l’arrêté des comptes, d’autres règles peuvent s’appliquer selon la nature exacte de votre contestation.

Pour les charges locatives récupérables auprès d’un locataire, les délais peuvent être différents. Dans tous les cas, il est prévu de ne pas laisser passer le délai de deux mois sans consulter un avocat.

Faut-il obligatoirement prendre un avocat ?

Oui, la représentation par un avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire. Cette obligation existe pour garantir la qualité des débats et protéger les droits de chacun.

Au-delà de cette obligation légale, faire appel à un avocat en droit immobilier est un investissement qui augmente considérablement vos chances de succès. Les règles de la copropriete sont complexes et la jurisprudence évolue constamment.

Quelle est la durée moyenne d’une procédure de contestation ?

Une procédure de contestation dure généralement entre 12 et 24 mois, selon l’encombrement du tribunal et la complexité de l’affaire. 

Cette durée peut sembler longue, mais elle permet à chaque partie de présenter ses arguments et au tribunal d’examiner attentivement l’ensemble des éléments.

Quel est le coût d’une contestation d’assemblée générale ?

Le coût comprend plusieurs éléments :

  • Les honoraires d’avocat, qui varient selon la complexité du dossier et peuvent aller de quelques milliers d’euros à des montants plus importants pour des affaires complexes. Certains avocats pratiquent des honoraires au temps passé, d’autres proposent des forfaits.
  • Les frais de justice, incluant les droits de timbre et les frais d’huissier pour l’assignation.

En cas de succès, une partie de ces frais peut être mise à la charge du syndicat sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile, mais rarement l’intégralité.

Certaines contestations valent la peine d’être menées même si l’enjeu financier est limité, notamment lorsqu’il s’agit de faire respecter des droits fondamentaux ou de mettre fin à des pratiques irrégulières récurrentes.


En conclusion, contester une décision d’assemblée générale de copropriété est un droit essentiel qui permet de garantir le respect des règles et de protéger les intérêts de chaque copropriétaire. Cette démarche nécessite toutefois de la rigueur, une bonne connaissance du droit applicable et le respect strict des délais.

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